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Parole aux lecteurs de Nuits Incandescentes

Après s’être glissée dans la peau de L’enfant de Mers El-Kébir, la Genevoise Sophie Colliex tente un saut plus grand encore en prêtant son imaginaire étonnant à un télégraphiste de la Marine, que les longues nuits à son poste (dans tous les sens du terme !) poussent tantôt vers la musique, jazz et tango portés par les ondes, tantôt vers l’écriture : l’amour pour une jeune fille laissée à terre prend, dans ses envolés incandescentes, davantage de couleurs peut-être qu’il n’en a vraiment…

Les libraires de PAYOT, Rive gauche, Genève 

 

Nous sommes en 1936, l’année du narrateur marin-télégraphiste au milieu de la foule aux abords d’une guerre en voie d’éclaboussement. L’on se concentre dans l’amour inéluctable. Avec, sa propre histoire, ses couleurs, qu’on relie aux souvenirs. Ou en rien de temps tout a été bouleversé. Désormais, la vie s’écoule tel un parchemin qu’on déroule au fil des pages dans un rétro -futur au verbe lancinant, quotidien, pour un demain qui sera meilleur. Emmanuel le télégraphiste qui se meurt à fond de cale tellement cette vie est détestable et n’est pas la sienne entre la dérive des bateaux et la mer qu’il exècre.
Seul le rêve dans l’écriture rythmé de jazz, le soutient dans le bleu du ciel.
Avec sa palette de parures célébrant la nature de sa terre natale et son exubérance du sourire angélique de sa chère et tendre, qui sera sienne pour l’éternité. Magnifique écrin orné de formes généreuses. De l’aimée à la promise.
Le vertige lui ondule dans les flots sauvages, des houles de la méditerranée dédié au sort réservé à ceux à qui tout manque.
Une paréidolie qui sacralise ses formes familières, dans les paysages de la terre d’Algérie, dessinée de taches d’encre et de nuages. L’image d’une ville ou rien ne change hormis la famille et ses éclaboussures.
Ciselé pour donner une âme à l’espace qu’il s’est créé, rallongeant au verbe la tonalité voulue tel un opus littéraire aux sons unifiés.
Emmanuel aime Berthe, Bethe aime Emmanuel, nul doute. Ils sont faits l’un pour l’autre, ce que l’amour offre il l’offrira. Le modèle est doré. Le mariage aussi. Jusqu’au firmament. Mais si profond soit l’amour, surgit l’incompréhensible, la non-acceptation de sa propre torture. Nous le seconderons pour l’accompagner jusqu’à son dernier soupir.
Se déguise alors à trop vouloir aimer. Pour se perdre dans les méandres de la continuité.
Avec son va-et-vient on remet en question tout un système. 

Le phare illumine le port. L’histoire illumine la Vie.
Isabella Coda-Bompiani
pour Caméra Culture 
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Chère Sophie, je te remercie de nous avoir offert un si beau roman. J’ ai été très touchée par la pureté qui caractérise l’écriture du roman. Pureté, pudeur, souffrance… Et une richesse infinie dans les sentiments : l’ennui, l’habitude, une vie qui passe, des racines impossibles à arracher., une sorte de rigueur et de fidélité. J’ ai été aussi très sensible aux cahiers de chansons : Jacques et moi en avons retrouvés, dans les papiers de nos ancêtres, et je sais ce que cela représentait dans leur existence. Je voudrais trouver les mots justes : j’ ai relevé beaucoup de citations sur l’ irruption de l’ écriture comme nécessité et évidence, cette lente genèse. Et jamais de narrateur pesant ni omniscient. Jamais de bavardage ni de lourdes digressions historiques ou pseudo-psychologiques. La force du livre réside dans le fait de laisser le lecteur en présence d’anecdotes, de descriptions, toutes fines et menues, mais lourdes de sens. Le texte joue sur la discrétion et l’ellipse, et là se trouve sa richesse : à moi de comprendre, et tu n’es pas loin derrière les mots pour m’y aider.
Je t’embrasse et te remercie : c’est merveilleux de te connaître, et d’ avoir l’impression de se connaître depuis longtemps longtemps.

Marie-Neige Berthet,

Secrétaire générale de l’association des écrivains de langue française

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Hello Sophie,

J’ai lu, presque d’une traite, ton second roman qui m’a tenue en haleine au fur et à mesure que je passais d’une page à l’autre. Je souhaitais évidemment que tout se termine comme dans les conte de fée. Il m’a fallu arriver aux deux tiers de ton récit pour réaliser à quel semblant de double jeu s’adonne Berthe sans en avoir pleinement conscience, vraiment ? Naïve ou perverse ? Sans doute un peu les deux. Naïf aussi, car éperdument amoureux, Emmanuel ne comprend que trop tard que la mer est un espace mouvant que seuls les bienheureux affrontent sans encombre. Les distances à parcourir pour arriver à sa belle sont décuplées quand l’eau bouillonne et que tangue la barque. Un mariage trop convenu et des certitudes conjuguées au plus-que-parfait aboutissent inévitablement au naufrage. A minuit moins une (ouf) il fait enfin prendre conscience à ton héros que seule la marche arrière est la plus sage de toutes ses décisions… 

Marianne Solai, Genève 

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Chère Sophie, écrire… un rêve de jeunesse. 

Ces lettres si vivantes, si chaudes qui font le canevas, l’ossature de cette histoire…Cet amour passion, peut-être un peu trop idéalisé… 

Une belle construction de roman. Des chapitres courts, mais intenses et l’emploi du fameux « passé simple / imparfait » qui convient parfaitement. 

J’apprécie votre écriture vraie, vos personnages si attachants, leur destin me touche infiniment, ils portent la lumière au-delà du temps ?… Et le bateau est parti sans lui. 

Imprégnée par cette lumière, je suis entrée dans cette famille, je suis presque des vôtres ! 

Originaire de Lorraine, la luminosité de l’Enfant de Mers el-Kébir m’avait déjà projetée… 

M. Collignon, Aramon 

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Sur le blog de Francis Richard 

Au milieu des années 1930 que peut faire de ses nuits un jeune homme à la fin de son engagement pour cinq ans dans la Marine? Écrire des lettres à celle pour laquelle son coeur s’enflamme, écrire ses souvenirs dans un cahier pour leur donner une forme:

Mon quotidien de caserne m’offrait de longues et fréquentes nuits de veille solitaire, sous les étoiles, à la lueur des lampes, et d’assez larges espaces d’imagination pour incendier ma plume.

Emmanuel Morales s’est engagé dans la Marine à dix-huit ans. Il entre dans sa vingt-troisième année. Il est originaire de Saïda, au sud d’Oran. Il a réussi son brevet de radiotélégraphiste et vient d’être affecté à Bizerte, pour ses derniers quinze mois de service. Berthe, qui a son âge, lui a écrit une lettre dans laquelle elle lui a dit sa hâte de faire une autre promenade dans la colline en [sa] compagnie, lors de [sa] prochaine permission. C’est le début d’une longue correspondance amoureuse, entre deux êtres qui diffèrent:

Tu voulais dompter les vagues, et moi jeter mon ancre dans une anse tranquille…

La mère d’Emmanuel est morte le jour où elle donne naissance à un cinquième enfant qui ne survit pas. Emmanuel a tout juste quatorze ans ce 23 octobre 1927. Son père, Vicente, fait la connaissance d’Elvire, sa future épouse, deux ans plus tard. Elvire est veuve. Elle est la soeur de Manuela, la mère de Berthe, laquelle a épousé Alphonse Salinier, un ami très cher de Vicente… Les Morales, Vicente et ses quatre enfants, rendent souvent visite aux Salinier dans leur ferme de Tiaret, à l’est de Saïda.

L’un des camarades d’Emmanuel, Bouboule, s’est esclaffé quand il l’a surpris à écrire dans son cahier: Raconter la vie de caserne, les tours de quart et les cuites du patron… Est-ce que quelqu’un lira ça? Il faut croire que oui, puisqu’on en lit volontiers le récit.

Mais on lit aussi avec bonheur l’évocation des chansons de l’époque (de Tino Rossi ou de Lucienne Boyer), des tangos latino-américains, des livres que l’on lit (de Delly ou de Francis Carco), des films que l’on voit (d’Anatol Litvak ou de Marcel Lherbier).

Ce qui est intemporel, c’est l’attachement d’Emmanuel à la terre d’Afrique du Nord où il est né et où se trouvent ses racines. Cet attachement est peut-être d’autant plus grand qu’il est un marin d’eau douce: J’ai le mal de mer et je n’ai jamais aimé les bateaux…

Nuits incandescentes, Sophie Colliex, 270 pages, La Cheminante

Livre précédent:
L’enfant de Mers-el-Kébir, Éditions Encre Fraîche (2015)

Blog de Francis Richard.

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Ma chère Sophie, je viens de terminer la lecture de Nuits Incandescentes, au cours de laquelle tu m’as transporté de nouveau sur l’autre rive de la Méditerranée. Et la situation d’Emmanuel, militaire en Tunisie dans les années 35 à 37 m’a fait penser à mon père qui, lui aussi, avait effectué son service militaire en Tunisie autour de 1936, je pense, principalement à Sfax. Je n’ai retrouvé ici, à Palaiseau, que quelques notes assez générales qu’il avait alors rédigées, concernant, par exemple « Les tendances actuelles du monde musulman nord-africain »!! Mais revenons à Emmanuel bien attaché à son poste de radio à Bizerte. En un mot, j’ai beaucoup aimé… son rythme, sa progression. Au début, je me suis demandé si, à la lecture, j’allais autant m’ennuyer qu’Emmanuel. Et puis, peu à peu, à travers les récits entremêlés sur différentes époques, la naissance et l’épanouissement de la relation toute littéraire avec Berthe, l’immersion dans l’écriture, je me suis retrouvé plongé dans l’histoire de ces jeunes et dans l’histoire Nord Africaine de l’avant guerre… me lançant dans une lecture très avide des dernières pages. Par ailleurs, la rédaction en petits chapitres, très courts, m’a tout à fait ravi. J’ai de plus en plus de mal à me plonger dans des textes longs, sans coupures, trop denses. En un mot, bravo, ma chère Sophie!! Je dois ajouter que mes lectures précédentes avaient pour auteurs Grainville, le Clézio, Vargas Llosa, Modiano. Tu vois, Sophie Colliex, s’inscrit dans une lignée d’auteurs tout à fait respectables.

Bien amicales pensées de ton lointain cousin,

Christian CLX, Palaiseau 

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Chère Sophie 

Vous vous souvenez peut-être que votre premier livre (que vous m’aviez très gentiment dédicacé) m’avait énormément plu.

Ce nouveau m’a enchanté. D’un bout à l’autre. L’écriture si vivante, si nuancée,…la partage en court « chapitres »…les retours en arrière qui précisent très clairement l’évolution d’Emmanuel….je me suis trouvé complètement immergé en votre roman, visualisant presque chaque description, …ressentant (j’ai été aussi militaire, plus de trois ans et demi…mais sans participer à un conflit)…ces lassitudes, ces frustrations de cette vie coupée de la Famille et des Amis…. Vous le devinez mon identité est très idéaliste, au delà des mots. Alors bravo, félicitations. Le dénouement, dans la fidélité à son engagement personnel, le respect de Berthe après, ainsi que de la Famille…c’est vraiment admirable.

Je ne manquerai pas d’en acheter d’autres exemplaires, pour offrir, en guise de chocolat, fleurs ou autres bouteilles de nectars,- partageant ainsi ce que j’aime…autre façon de communiquer. Claudine mon Epouse va le lire, c’est le prochain sur sa pile !!!! oui car nous sommes l’un et l’autre, tant en littérature qu’en musique des fanatiques de notre langue maternelle (de l’anglais aussi d’ailleurs)…..

Pierre-Emile N., Chambésy, GE
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Bonjour Sophie

Juste quelques petits commentaires sur ton second roman, que tu as si bien qualifié de roman d’amour. Et en effet, c’en est bien un.

Je l’ai lu en trois jours, tellement mon intérêt était grand. Mais je vais en faire une seconde relecture, pour pouvoir bien noter les détails qui m’ont marqué. Mais de prime abord, ce second roman n’a pas la même charge mémorielle et historique que « l’Enfant de Mers el Kébir ».

Mais en vérité en le lisant, il m’a procuré tout autant un grand plaisir. C’est vrai que son déroulement est émouvant et touche beaucoup au cœur, avec des moments souriants, d’autres empreints d’humour et de vérité par certains détails, dont je te parlerai de vive voix à La Ciotat, pour mieux échanger entre nous. Mais par-dessus tout, ton style d’écriture est si agréable à suivre et on ne s’en lasse pas.

Mais je me pose la question : pourquoi avoir choisi ce prénom Emmanuel ? Il ne sonne pas trop bien aux oreilles des Pieds Noirs. Bon tu me diras : Combien de Pieds Noirs vont lire ton Livre ? A ce propos, pourquoi on ne le trouve pas en vente dans les rayons des librairies ? Il faut vraiment connaitre ton livre et alors le commander. J’aurai pensé qu’avec un éditeur français, la diffusion aurait été « automatique » et plus large. Mais je me plais à penser que dans le Sud c’est le cas.

J’ai aussi suivi ton interview. Là aussi, on t’écoute avec beaucoup d’intérêt, parler de ton second roman. Tu as été si claire et si convaincante à parler d’Emmanuel. A ce propos, j’ai reçu d’une amie qui fait les marchés aux puces, une demi-douzaine de lettres écrites en 1940, par un mari à sa femme. Comme elle sait que je vais de la généalogie, elle m’a dit « voilà toi qui aime faire les recherches, là tu pourras chercher.. » drôle de logique lui ai-je répondu. Par curiosité je les ai lues, sans pouvoir trop comprendre la situation du mari. Militaire Prisonnier ? Peut être … Je ne vois pas trop quoi en faire, alors si d’aventure elles t’intéressent, je te les amènerai à La Ciotat…. Le 18 juillet 2018 

Annie M. d’Oran

 

1 réponse
  1. Diego
    Diego dit :

    Sophie,
    je viens de terminer la lecture des ‘Nuits Incandescentes’, et comme pour ‘L’Enfant …’ j’ai beaucoup aimé votre écriture si fluide qu’il est difficile de refermer le livre, et que l’on a toujours envie de lire ‘encore une page’, de connaitre la suite de l’histoire.
    j’espère que vous avez commencé l’écriture du prochain roman, j’ai hate !
    Diego
    St Germain en Laye

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