Le Ravi

 

Sous mon sapin haut-savoyard, couvert de simili-neige prend place, tous les ans, une improbable étable moyen-orientale, où cohabitent en toute bonne volonté : vache, boeuf, chameau, Rois Mages, la pauvre Marie et son encore plus pauvre Joseph, des Santons de Provence, le Petit Jésus, l’archange Gabriel, deux étoiles du berger (bah quoi, on peut bien en mettre deux, ça fait venir du monde) un torrent alpin en alu, la mousse du Mont Salève, trois moutons en terre cuite ébréchés depuis le temps… et, sur le pont de la rivière Kwaï, mon préféré, le Ravi. C’est vrai je l’avoue : je m’amuse comme une gamine à bricoler ma petite mise en scène. 

Ce Ravi-là, la face hilare et les bras levés au ciel, vient tous les ans nous annoncer quelque chose d’incroyable. Ok, il y a deux mille ans, un Enfant un peu spécial est né, on le sait. Mais, si on revenait un peu à notre époque, quelles bonnes raisons le Ravi aurait-t-il de lever les bras ?  

A priori, un bref survol de 2016 ne lui donne rien de bien réjouissant à célébrer.

Pêle-mêle : les choix électoraux de nations voisines, qui accumulent des nuages sur nos têtes, les manipulations politiques, l’incroyable gâchis des ressources naturelles de notre planète, le mensonge érigé en mode de vie à tous les niveaux, un camion dingue fonçant sur la Promenade où ma fille a appris à marcher… La souffrance des gens au Moyen-Orient, où pourtant, notre histoire de crèche a démarré, n’empêche pas les nantis de dormir. Pire, lorsqu’ils tentent de rejoindre nos rivages, en quête de réconfort et de sécurité, on fait comme si on ne les (re)connaissait pas. Honte ! On devrait peut-être cacher le Ravi sous le pont de la rivière Kwaï.

Je décide que mon Ravi à moi ne fait ni dans le laïus politique, ni dans le prêchi-prêcha religieux. 

Il ouvre les bras aux enfants du monde entier, à nos enfants et peut-être -surtout- à ceux qui vivent toujours au fond de nous.

Sophie 

le 18 décembre 2016, Genève 

 

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