L’Enfant de Mers el Kébir

, ,

Une présentation de L’enfant de Mers el-Kébir sur « Bouquiner »

Blog de Stella

J’ai adoré me promener dans le port de Mers el-Kébir avec ces trois compères, j’ai marché sur les plages, j’ai couru et dévalé les collines et j’ai sursauté de leurs bêtises. Leur naïveté dans ces temps durs m’a vraiment touchée.

Ce roman est vraiment palpitant, il nous emporte dans un temps différent où les rêves sont lointains pour laisser place au pragmatisme de la vie, des coutumes et des « on a toujours fait comme ça ». Ce roman c’est aussi l’histoire, car il nous rappelle l’horreur de la bataille qui a lieu en 1940 à Mers el-Kébir.

Sophie Colliex, l’auteure, a fait un travail énorme de recherches pour retracer cette bataille avec autant de détails et de ressentis.

Stella Noverraz, de « Bouquiner »

Découvrez le reste de l’article, paru le 9 avril 2015 dans « Bouquiner » 

 

,

Blog de Francis Richard

L'Enfant de Mers El-Kébir
Mers el-Kébir, village à l’ouest d’Oran, en Algérie, était autrefois un village de pêcheurs, au bord d’une vaste baie en demi-lune.

« Mers el-Kébir, en arabe, signifie « le Grand Port ». L’immense baie est ceinturée par un amphithéâtre de montagnes. Le djebel Murdjadjo, sombre, creusé de vallées profondes, pousse dans les flots ses deux bras escarpés: à l’est, la presqu’île de Santa Cruz; à l’ouest le Santon, dressé en pain de sucre au-dessus de la mer. »

Dans les années 1930, ce site exceptionnel attire l’attention de la Marine française. En 1939, un décret signé Edouard Daladier décide de le transformer en base navale militaire…

Pour ceux qui connaissent l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, Mers el-Kébir est le nom tragique des attaques menées par la marine anglaise, les 3 et 6 juillet 1940, contre des bâtiments de la Royale, qui y mouillaient tranquillement, faisant près de 1’300 morts parmi les marins français.

Après la première attaque: « La mer, luisante et noire, est recouverte de mazout. Plus de la moitié des bateaux a disparu. Quelques uns ont pu fuir, l’un a coulé à pic, et les deux cuirassés encore visibles dans la rade ne sont que des amas de tôle fumante échoués dans le paysage. »

Après la seconde: « Les sauveteurs repêchent morts et blessés, aidés par les pêcheurs et les ouvriers du chantier naval. Les cercueils du premier bombardement, alignés sur le rivage encore en attente d’être inhumés, gisent éventrés, leur macabre contenu répandu partout. »

Mers el-Kébir, ce que l’on sait moins, est aussi un des lieux du débarquement américain de novembre 1942: « Six gros bâtiments de guerre ont accosté à la grande jetée. En l’espace de quelques heures, des milliers d’hommes ont pris pied dans le village. Un long défilé d’engins, camions, tanks, chars, jeeps, traverse Kébir à vive allure. »

L’enfant de Mers el-Kébir, de Sophie Colliex, se passe en ce lieu de mémoire de 1939 à 1951, c’est-à-dire quelque temps avant le massacre de 1940 et pendant les onze années qui suivent. Michel, l’enfant, dont il est question dans le récit, a huit ans au début et, donc, vingt à la fin, la tranche de vie décisive pour devenir un homme.

Le père de Michel, Joseph d’Ambrosio, Pepico, d’origine napolitaine, est pêcheur, comme la plupart des habitants du village. Sa mère, Marthe, Moman, d’origine espagnole, travaille de temps en temps chez Sardine pour compléter les maigres revenus paternels

Joanno, le grand frère de Michel, de dix ans plus âgé que lui, pêcheur comme leur père, a été mobilisé en septembre 1939 et ne reviendra qu’à la fin de la guerre. Tessa, leur soeur, de sept ans plus âgée, « joliment tournée, la taille fine et les épaules rondes », devra arrêter des études brillantes pour devenir bonne épouse et mère…

Michel est artiste. Un jour, une dame de la ville, chez qui sa mère l’a amené, lui donne une boîte de couleurs. C’est, semble-t-il, providentiel, parce que dessiner lui est facile: « Il ignore d’où vient cette connaissance profonde, instinctive. Une grosse vague s’est soulevée en lui, le jour où la boîte de couleurs est entrée dans sa vie. Son dessin, c’est son refuge, le rempart qu’il dresse quotidiennement entre lui et des souffrances qu’il ne comprend pas. »

Peu à peu il va comprendre ces souffrances. Leur pourquoi va lui être révélé notamment à la faveur de rencontres qui ne seront pas toutes fortuites. Celle, par exemple, avec la dame qui dessinait et qui lui a adressé la parole quand il jouait au cerf-volant avec ses amis Norbert et Samir. Celle avec ce marin rescapé de l’attaque anglaise et qui a sculpté un pêcheur dans une branche d’olivier pour remercier son père de l’avoir secouru.

Le roman de Sophie Colliex n’est cependant pas seulement l’histoire de Michel et de Mers el-Kébir, de l’enfant et du port de guerre, dont les travaux titanesques bouleversent profondément le paysage alentour. C’est aussi le portrait d’une famille modeste qui se débat dans des circonstances exceptionnelles, et la peinture d’une époque révolue où le respect des convenances orientait davantage qu’aujourd’hui le cours des vies.

Certes on s’aimait, mais le coeur ne l’emportait pas souvent sur la raison. Certes on faisait des études, mais les moyens matériels manquaient souvent à ceux qui voulaient les poursuivre. Et, en même temps, cette époque, qui n’est pas si lointaine que ça, n’est pas dépourvue de charme. Sans doute parce que Sophie Colliex a su donner vie à des personnes attachantes et restituer avec justesse et plaisir les couleurs, les odeurs et la chaleur de l’Afrique.

 

Francis Richard

Lire cet article dans la revue « contrepoints »

L’enfant de Mers el-Kébir, Sophie Colliex, 312 pages, Editions Encre Fraîche

, ,

Ce n’est pas un roman, c’est un long métrage…

Paru dans PLUMES GENEVOISES, la critique d’Isabella Coda-Bompiani  

 

Ce n’est pas un roman, c’est un long métrage, c’est une évidence, les images défilent au gré de la lecture, nous sommes happés par l’indicible et surtout par la fécondité de la romancière qui nous conte l’histoire poignante d’une famille qui parle d’amour et participe au merveilleux et peut-être du bonheur,. Discourir de la guerre c’est aussi décrire la manière dont ils vivent, sous les bombes qui éclaboussent le gris du ciel et le bleu de la mer.

Nous sommes à Mers El Kébir entre 1939 et 1945. Les habitants sont des pêcheurs et une famille particulière dont chacun se meut à sa manière et codifie les diverses branches du savoir humain, se dessine dans une superbe fresque colorée.

Quel que soit les dangers, la vie continue, et l’amour aussi, il y a Moman qui trime, Joseph le père qui arme les filets dans la mer, l’aîné Joanno qui revient après 6 ans d’absence de la guerre, la petite sœur Tessa qui prolonge le retour aux sources et le tout dernier Michel qui dessine ce qu’il voit au gré de ses envies.

Les autres personnages arrivent dans un plan carré pour la forme.

On se sert ici d’un arsenal de symptômes pour établir un diagnostic. En parcourant les yeux dans les yeux leur conscience.

Avec les traditions solidement ancrée, jalousement gardées, ils parachèvent l’inexorable beauté de leur patrimoine culturel. On découvre le passé des ancêtres espagnols qui ont foulé le sol de l’Algérie comme une terre promise.

Nous sommes dans les entrailles de la vérité, la guerre a eu lieu, les américains ont posé leurs besaces et leurs fusils, l’endroit était stratégique, voulu. On rappelle la colonisation des français en Algérie comme un souvenir douloureux et qui le sera à jamais. Une bataille navale sanglante sous les yeux de l’innocence.

De la destruction renaît la vie, pour les siècles qui ont survécus aux drames, pour ceux qui ont lutté, les témoins de l’histoire. Et la survie aussi.

La romancière a voulu nous le décrire en reposant les mots avec respect et nous révéler ce que peu savent.

Le monde des pêcheurs qui leur est propre, le soleil, la Méditerranée, les insouciances de l’enfance, les cerfs-volants sillonnant les nuages, les jeux et le dessin qui parachève le passé.

C’est la réalité de la grande Histoire.

On s’incline.

Isabella Coda-Bompiani