Là, c’est pas la faute à Voltaire.

Humeur 

(mauvaise)

Le roi de Serendib était d’une bonté légendaire et se faisait voler par tous ses ministres. Déçu, il demanda à Zadig le moyen de dénicher un serviteur qui ne le détroussât point. Zadig suggéra au roi de faire transiter tous les prétendants à la fonction de ministre par un couloir tout empli de pièces d’or. A la sortie du couloir, les candidats réunis dans une grande salle furent informés que le choix du roi se fixerait sur le meilleur danseur.

Las, quelle déception ! Les hommes avaient tant et tant rempli leurs poches que le poids les tenait courbés vers le sol, ils sautaient lourdement, fort empêchés d’exécuter les entrechats. Seul l’un d’entre eux dansait avec grâce et légèreté. Ses poches étaient vides : il n’avait rien volé. Le roi de Serendib reconnut bien là un honnête homme et désigna son ministre.

J’ai toujours aimé Voltaire et ses lames tranchantes. Oui, même à l’époque du bac. Je viens de redécouvrir cet extrait de Zadig, d’une troublante actualité. Rien ne change. A l’instar du roi de Serendib, la pauvre Marianne se fait dépouiller par ses dirigeants. Déprimée, elle doit bientôt se rendre aux urnes en traînant les pieds. Déboussolée, elle regrette le temps béni de la bonne vieille lutte des classes de papa, héritée de 1936, ou chacun s’auto-proclamait meilleur citoyen que son voisin, selon qu’il votait à gauche ou à droite, bien campé sur ses positions, foudroyant du regard l’incompétent/pourri du camp d’en face, et inversement. 

En 2017, Marianne n’a plus de sous. Plus grave, elle a perdu son honneur en renonçant à un débat idéologique digne de ce nom ; tandis que les candidats exécutent lourdement leur ballet quinquennal, elle tend l’oreille, obnubilée par le tintement des pièces d’or dans leurs poches. Avant de fixer son choix, elle cherche à établir lequel a le moins tapé dans les caisses de la République.

Voltaire, juste au-dessus de nous sur les collines de Ferney, doit se gondoler de rire. Marianne n’a rien appris, ni de l’Histoire avec H, ni de ses auteurs « lumières » qu’elle brandit à la face du monde comme un étendard, obligeant les écoliers de France et de Navarre à se les ingurgiter en même temps que leur cuiller d’huile de foie de morue depuis Charles X. On en viendrait -presque- à se demander si elle n’aurait pas, finalement, les « serviteurs » qu’elle mérite.

En illustration de ce texte, la Mairie de Paris. Souhaitons que Madame la Maire soit satisfaite de ses conditions de logement et qu’il ne lui prenne pas l’idée de refaire toutes les salles de bains.

Sophie, le 21 février 2017, grrrr. 

Référence : Voltaire « Zadig, Histoires orientales » chapitre 14 « la danse ». 

Cliquer ici  pour déguster le texte de Voltaire. 

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