L’enfant de Mers el-Kébir reçoit le Prix Adelf-Amopa 2015 « première oeuvre littéraire francophone »

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La dernière fois que je me suis retrouvée sur le devant de la scène pour un premier prix, c’était au CM1, à l’âge de neuf ou dix ans. Je grimpe quatre marches, une estrade, une institutrice me remet en souriant mon prix, c’est un livre. Je redescends, écarlate, dans les mains : Quo Vadis, de Henryk Sienkewicz. Les aspirations littéraires du terrifiant Néron m’ont donné une leçon de vie que, par delà les années, je n’ai jamais oubliée. J’ai compris dans les pages de Quo Vadis qu’un incendie pouvait manquer de flammes. 

Des lustres plus tard je reviens, un peu éberluée, sur le devant de la scène pour recevoir un premier prix. Tout aussi écarlate que naguère. Peut être davantage, le coeur battant à tout rompre. Cette fois, à 17 heures, au siège de l’Organisation Internationale de la Francophonie, avenue Bosquet à Paris, il ne sera pas question de m’offrir un livre, mais d’honorer celui que j’ai écrit, par ce prix ADELF-AMOPA de la première oeuvre littéraire francophone. 

Les auteurs sont classés par ordre alphabétique, et le C de mon patronyme ayant fait merveille, l’Enfant de Mers el-Kébir est arrivé très vite. Clouée sur ma chaise, la gorge serrée, j’ai écouté Madame la Secrétaire Générale de l’Association des Ecrivains de Langue Française, Madame Marie-Neige Berthet, présenter mon roman : 

« Il est convenable, nous le savons, d’établir une barrière étanche entre l’auteur et son ouvrage. Et pourtant… en essayant de comprendre la genèse du roman de Sophie Colliex, nous sommes allés de surprise en surprise. Question toute simple, pourquoi une femme, qui enseigne le français à Genève a-t-elle choisi de peindre la vie du village de Mers el-Kébir de 1939 à 1951, et pourquoi tant d’empathie et tant d’émotion ? Et voici la réponse : les ancêtres de l’auteur sont venus au 19ème siècle en Algérie, terre française, depuis l’Andalousie, pour s’installer dans le « Grand Port », Mers el-Kébir, où ils ont fait souche. La tombe d’un grand-père se trouve à Oran, et elle a été il y a peu restaurée par des habitants. Ainsi donc, Sophie Colliex a hérité d’une légende familiale qu’elle a complétée, en France, par des témoignages des Kébiriens, particulièrement de ceux qui, à La Ciotat, honorent la statue de Saint Michel rapportée d’Algérie.Ensuite, tout un travail de recherche, aux Archives de la Guerre, de la Marine, a permis de replacer l’histoire familiale dans l’Histoire, la Grande.

L’écriture de ce roman est donc une aventure humaine et affective. Des circonstances aussi particulières permettent de mesurer la modestie sincère d’un auteur qui ne se laisse pas aller aux tentations multiformes de l’écriture de soi et des jugements péremptoires, et qui ne nous inflige pas un narrateur omniprésent et omniscient.

La famille de fiction se compose d’un père, Joseph, ancien pêcheur de corail venu de la baie de Naples, et de Marthe, la mère, venue d’Andalousie. Moman proteste à grands cris contre la misère, mais arrive toujours à nourrir son petit monde, trois enfants dont Michel, le personnage autour duquel s’articule l’intrigue. Il a 8 ans à l’été 1939 au début d’un récit qui s’achève en 1951.

L’intérêt est triple.

D’abord, peindre l’évolution d’un jeune garçon, des bêtises de l’enfance au dur travail d’apprenti, employé à creuser les souterrains du port de guerre. Dans une famille sans livres, où la pauvreté fait loi, lui a une seule passion : dessiner. Pourquoi ?

Le second intérêt attaché au choix de la période 1939-1951 est de nous rappeler des pans d’histoire largement occultés. Le bombardement, en rade de Mers el-Kébir, de la flotte française par les Anglais, est peint ici dans toute son horreur, avec des notations et des images saisissantes. Puis arrivent les Américains : base-ball, chocolat, abondance, et une curieuse façon de se débarrasser… des mouches. Le petit village se transforme peu à peu en gigantesque port de guerre, puis en base anti-nucléaire pour la Marine française, au prix de travaux titanesques.

Le dernier attrait du roman, le plus pénétrant peut-être, reste la peinture chaleureuse des gens, de la vie quotidienne, des couleurs, des odeurs, de la plage où les enfants jouent avec leurs cerfs-volants, des pêcheurs, de la baie enfin. Dans toute sa beauté, elle devient quasiment le personnage principal du roman.

L’écriture évite le pathétique, elle est fluide, simple, toujours élégante. Bien au-delà d’un simple plaidoyer pour le « vivre ensemble », le livre s’impose par sa générosité. L’emploi, surprenant, du présent de narration, nous conduit à penser que les ancêtres peuvent revivre en nous, qu’ils vivent, en réalité, de l’hommage que nous leur rendons, aujourd’hui, au présent.

Telle est la réussite de Sophie Colliex : rendre grâce à ses origines, en toute modestie ».

Madame Marie-Neige Berthet 

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J’adresse de reconnaissantes pensées à Madame Marie-Neige Berthet qui a écrit, puis lu cette présentation de mon roman à laquelle je n’ai trouvé aucun mot à ajouter lorsque l’on m’a donné le micro. Je remercie également, chaleureusement, Messieurs Jacques Chevrier, Président de l’ADELF, et Jean-Noël Cordier, de l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques).  

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L’ADELF a été fondée en 1926, à l’apogée de l’empire colonial français. L’école de Jules Ferry ayant été largement diffusée dans les territoires annexés, ce prix est destiné à récompenser les auteurs des colonies s’exprimant en français. Aujourd’hui, par delà les convulsions de la grande histoire, l’ADELF continue à réunir dans un même attachement, des écrivains de toutes origines qui « par la qualité de leur écriture et la force de leur engagement, font rayonner dans le monde entier les valeurs de la francophonie ».

Je suis heureuse d’avoir découvert cette association de passionnés, indépendante, libre de ses choix et de ses coups de coeur, dévouée aux auteurs d’expression française, qui parcourt les chemins et les fêtes du livre, à la recherche de nouveaux textes à soutenir. La sélection de l’ADELF de cette année m’a donné envie de me remettre à lire et de chercher à me procurer les ouvrages présents, aux côtés de l’Enfant, sur le présentoir, dans la salle de réception de l’OIF. 

 

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Les auteurs des prix ADELF 2015

 

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Et merci bien sûr à Sarah Renaud, ma chère co-animatrice d’ateliers d’écriture, et désormais amie, qui représentait ce soir-là les éditions Encre Fraîche.

Que puis-je dire à Francis et Josette …? Merci est un si faible mot. Cette aventure aux allures de marathon n’aurait sans doute pas été possible sans eux.

 

Sophie, le 24 mars 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 Responses

  1. LAUNARO dit :

    SOPHIE très heureux et un cordiale remerciement pour premièrement de ta réussite de la voie que tu as donnés aux livres des enfant de et bien de chez nous. le livre ne fait revivre mes histoires que j’avais oublié et très heureux de me revoir ma vie d’enfant
    MERCI et bonne route pour la belle vie avenir . GAËTAN

  2. jardin violette dit :

    un grand merci sophie pour ce gentil retour en arrière de la vie de mon enfance par écrits
    c’ est vraiment un grand travail que tu as fait que mes petits enfants pourront lire, dans quelques années, en vivant mon vécu et surtout en apprenant tout ce qui s’ était passé à mers el kébir, dans sa rate et dans le mujdado, montagne qui entoure le village de mon enfance et des racines de leur mémèreeeeeeeeeeee……..
    bonne chance pour tes prochains programmes bien choisis et bien racontés de notre vie réelle avant 1962
    bien amicalement
    violette de mers el kébir

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