Noyé de bleu sous le ciel grec

 

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Vers Le Pirée.

Noyés de bleu sous le ciel grec, un bateau, deux bateaux, trois bateaux s’en vont chantant…un oiseau, deux oiseaux, trois oiseaux font du beau temps, un enfant, deux enfants, trois enfants, dansent gaiement… des thèmes chers à mon coeur et à ma plume : la mer Méditerranée, les bateaux, les marins et les enfants noyés de bleu.    

Hier, justement, tandis mon bateau que glissait sur la mer à destination du port d’Athènes, la mélodie  « Les enfants du Pirée » tournait dans ma tête et j’ai remarqué un homme allongé à même le sol dans un recoin du pont arrière. Son visage était couvert de sa parka, sans doute pour se protéger du soleil qui tapait déjà fort à onze heures du matin. Il était si immobile que j’ai eu peur un instant qu’il soit mort. Il a bougé un peu ses doigts, comme pour dire okay, te bile pas, ça va. Une main lisse et imberbe, un très jeune homme. Il dormait d’un sommeil de plomb, indifférent au va-et-vient des autres passagers, au brouhaha des conversations, aux raclements des chaises traînées sur le pont, aux cris des enfants, aux appels des parents, au vacarme des moteurs, aux rafales de vent qui menaçaient de nous arracher la tête.

Le sommeil d’un enfant. Ou d’une personne épuisée. Facile de voir que son voyage ne ressemblait pas au nôtre. Ses vêtements sales, ses pieds nus, évoquaient une traversée commencée avant la nôtre et sans point commun avec « la Croisière s’amuse ». Seul ! Ce jeune gars avait quitté son pays et atteint les îles grecques, tout seul ? Et ses parents ? L’avaient-ils poussé à partir ? Aucun parent ne hisserait son enfant dans un bateau s’il n’était pas absolument certain de le guider ainsi vers une vie meilleure. Quelle monde de fou poussait des adolescents à affronter la mer en solitaires ? Comment avait-il grimpé sur ce ferry, passé tous les contrôles de billets, sécurité, etc… 

Il dormait sans se douter qu’un jour pas tellement lointain, une prof, (peut-être celle qui était en ce moment même en train de l’observer…?) l’accueillerait dans un cours de français et sensibiliserait son âme stupéfaite aux charmes raffinés de l’alternance de l’imparfait et du passé composé… Cette idée m’a fait un peu sourire. S’il avait la moindre soupçon du casse-tête de la concordance des temps en français, ne rebrousserait-il pas chemin ? 

Quoi qu’il en soit, il l’avait fait. Il dormait en sécurité sous le ciel grec, que les mouettes griffaient à coup de bec, à bord d’un bateau qui atteindrait ce port du bout du monde, -que le soleil inonde de ses reflets dorés. L’Europe à quelques encâblures. Le Pirée. Rien, ni personne, n’empêchera le gamin de sauter sur le quai.

Aujourd’hui le courage est de son côté, mais quelquefois, le courage ça ne suffit pas, il faut de la chance pour un marin -deux marins, cent marins- aventureux.

J’espère qu’elle sera au rendez-vous pour cet enfant, au Pirée… et ailleurs.  

Sophie, le 24 juillet 2016

L’enfant du Pirée, interprété par Dalida 

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2 Responses

  1. aliprandi Jeannie dit :

    Ce très beau texte m’a mis les larmes aux yeux, comment ne pas penser à nous qui dans nos vacances libres et insouciantes, oublions que d’autres chaque jour risque leur vie pour des rivages loin de leur famille pour une vie qu’ils pensent meilleure

  2. Leo Ganis - Aliprandi dit :

    moi leo, j ‘ai bien aimé ce texte

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