Présentation de "Terre de ma mère"

Le mot des éditeurs


Sophie Colliex et Djilali Bencheikh nous offrent là une mémoire filée simultanément dans la soie et dans la glaise. Deux sonorités, deux résonances, qui jettent une lumière diaprée sur ce que fut la coexistence de deux communautés dans ce pays des naissances et des exils que fut pour eux l’Algérie. Une terre qui, décidément, refuse d’être oubliée.

Sophie et Djilali n’ont rien oublié et témoignent, par cet échange, de leur enfance séparée mais invulnérable. Un échange antidote pour que leurs souvenirs retrouvent leur candeur et leur pureté. Deux appels éperdus pour que cela soit. Alors, ces deux enfants qui vivent toujours en eux pourront vivre sans peur et sans violence.

En fouillant l’intimité du temps, et le tabou des silences, ils transfigurent un passé fissuré en émerveillement d’être seulement humains.

Une leçon de vie qui n’en finira pas de se répercuter sur la pensée des générations d’aujourd’hui et de demain.


Le mot de Behja Traversac


Que cherchent donc Sophie Colliex et Djilali Bencheikh, en écrivant à quatre mains des mémoires d’enfance en Algérie dans des communautés différentes ? Peut-être, sûrement, le gage d’un don : le courage de pardonner comme l’écrit le petit fils du grand Nelson Mandela. Eux aussi sont un peu dans cette perspective-là. Avec chacun sa subjectivité tissée d’interrogations et surtout de l’irrésistible besoin d’abandonner l’Histoire officielle aux spécialistes et se poster aux portes de la vie réelle des gens où planaient incompréhensions, douleurs, périls et aussi les plaisirs inénarrables de l’enfance. Deux écrivains, différents et semblables, issus de la même Histoire mais d’histoires personnelles singulières, Sophie aurait pu, à quelques jours près, naître à Oran. Le sort en a décidé autrement. Aujourd’hui, elle vit à Genève et a publié deux romans « L’enfant de Mers El Kébir » et « Nuits incandescentes ». Elle interroge ici le silence de ce passé qui lui reste mystérieux. Djilali est né en Algérie, vit à Paris et écrit, écrit, écrit encore et toujours…

Ce livre, une même texture, précieuse, inaltérable, qui nous imprègne de son flux et de sa flamme.