La voix passive


En-tête de journal : deux femmes ont été violées à la sortie d'une boîte de nuit.


Eloignons le canard de nos yeux, que voit-on ? Une courte proposition, qui m’annonce un viol. Je chausse mes lunettes de prof, ayant consacré un nombre respectable d'heures de cours à l'enseignement de la voix passive à des étudiants étrangers.

La femme n’est pas l’auteur de ces actions, nous sommes bien d’accord. Elle en est la victime. Mais elle reste le sujet de la forme verbale. Sujet passif. Mais sujet tout de même.


En mode passif, l’auteur de l’action peut être cité au moyen de la préposition « par ». Mais ce n'est pas obligatoire.

Exemple :

1. Une femme a été violée à deux heures du matin devant une boîte de nuit par des sales types. Les sales types, auteurs de l'action, sont cités.


2. Une femme a été violée à deux heures du matin devant une boîte de nuit.

La femme est seule, victime de l'action mais sujet de la forme verbale. Une femme, un viol. Si on poussait un peu plus loin le bouchon, ça pourrait même être de sa faute (elle n'avait qu'à pas aller en boîte).


Aux Etats-Unis, les enfants migrants ont été séparés de leur mère.

Tout le stock de gâteaux a été dévoré.

Des milliers d'hectares de forêt amazonienne ont été dévastés.


Qui fait tout cela ? Dans notre langue - et dans d'autres - la forme passive escamote les responsabilités et dissimule les auteurs, sans parler des coupables.


Quel les linguistes me pardonnent cette digression si peu académique, mais il me semble qu'il serait moins facile de nous bourrer le crâne si on s'exprimait sur le mode péremptoire.


L'administration US a séparé les enfants de leurs mères.

Un goinfre a dévoré tout le stock de gâteaux.

Un géant du pétrole a détruit des milliers d'hectares de forêt amazonienne.



Photo Nick Hillier