Au coeur de l'ONU - Dialogues.


Deuxième dialogue de l’UNGC Switzerland Network

Palais des Nations Unies, le 14 juin 2018


Invitée à assister au deuxième dialogue de l’UNGC Switzerland Network, au Palais des Nations Unies à Genève, sur le thème :

Consommation et production durables : Un défi et une chance pour l’économie suisse.

Je ne sais exactement à quoi m’attendre. Les thématiques de la production et de la consommation durables ne me sont pas familières mais, comme tout le monde, j’ai des attentes pour moi et ma famille, des espoirs pour la planète sur laquelle je marche et des inquiétudes pour ses habitants. Comme tout le monde, je rêve de voir s’élever le niveau d’éducation, de civilisation, de conscience, et c’est au phénomène inverse que nous assistons. Les politiques sociales régressent au lieu de se développer. Les désastres écologiques se multiplient au lieu de diminuer.

Sortons la caméra ; ici des gens se noient en Méditerranée, fuyant la guerre et/ou la misère ; là des tortues meurent, ayant ingéré les résidus de plastique ; ailleurs des montagnes de défenses d’éléphants saisis par les douanes ; partout, le mal être multiforme au féminin. La liste est longue… Les krachs boursiers. Les guerres de religion. L’esclavage des enfants ; les parachutages de stylos explosifs destinés à arracher l’index de gamins qui ne seront jamais capables de l’arrondir sur une gâchette. Face au Palais des Nations, cette chaise au pied manquant nous invite à méditer sur l’horreur des mines anti personnel.

Nous savons, on nous le dit et nous le croyons, chaque petit geste compte pour préserver la Terre et ses habitants. Chacun peut prendre un vélo au lieu de sortir une bagnole. Chaque sac de papiers placé dans le container ad hoc épargne sans doute un arbre. Ou à tout le moins, une branche d’arbre. A supposer qu’il ne soit pas trop tard pour les arbres car la forêt brûle. Le point de non-retour de reconstitution de la couche d’ozone a été récemment atteint. Quoi que le monde entreprenne désormais, le processus de destruction de notre écran protecteur est irréversible. Les petits gestes comptent, mais le monde ne pourra se passer de grands gestes. Voire de très grands gestes.

Ces éprouvants constats nous invitent à souhaiter que notre vingt-et-unième siècle pensera et agira différemment, sous la houlette de l’ONU et de toutes les organisations humaines capables d’émettre des propositions constructives, positives, et de mobiliser l’énergie des hommes de bonne volonté. Les raisons d’espérer existent. Partout, dans un monde de plus en plus conscient d’une urgence affectant sept milliards de personnes, surgissent des initiatives, naissent des entreprises. Au milieu d’elles, la respectable ONU, consciente de ses devoirs, tente de responsabiliser ses pays membres et de leur créer des obligations. Un « programme de développement durable à l’horizon 2030 » a été adopté en son sein en 2015 : www.globalgoals.org.

Ce programme, s’adressant aux entreprises des nations signataires de l’United Nations Global Compact, fait suite au Millenium Development Goals 2000-2015 (dont l’échec fut constaté en 2012). Sur la base des leçons d’un premier rendez-vous manqué, un nouveau projet a été élaboré et adopté en septembre 2015 par la très grande majorité des dirigeants du monde, lors d’un sommet historique des Nations Unies. Bénéficiant d’un cadre beaucoup plus large que le précédent, le nouveau programme établit 17 objectifs de développement durable ; il prévoit en outre un agenda politique à respecter, une réflexion autour des 160 indicateurs, et le respect de 10 principes de business.

«…ces nouveaux objectifs s’appliquent à tous les pays, qui mobiliseront leurs énergies pour mettre fin à toutes les formes de pauvreté, combattre les inégalités et s’attaquer aux changements climatiques, en veillant à ne laisser personne de côté »

(Extrait du programme de développement durable).

Il ne s’agit pas moins que d’affronter la pauvreté, la faim, veiller à la santé, à l’éducation, réduire l’inégalité entre hommes et femmes, fournir accès à l’eau, promouvoir les énergies propres, donner aux humains un travail décent, favoriser les innovations, réduire des inégalités, rendre villes et communautés vivables, la consommation et la production équitables, enrayer les changements climatiques, préserver les océans et les écosystèmes terrestres, rétablir paix, justice et enfin, construire des partenariats. Tels sont les 17 défis mondiaux à relever pour que l’humanité survive. Dix-sept bougies à allumer d’ici 2030, pour éclairer les consciences. Dix-sept timides violettes à faire éclore sous une couche épaisse de CO2 et de mauvaise foi. (Je note que certains des 17 objectifs sont rédigés au conditionnel. « …devraient faire ceci, ou cela… ». Pas de caractère contraignant : on s’appuie sur le volontariat et on en appelle à la bonne volonté. Nous ne pouvons qu’espérer que cela suffira.

Les Etats, les collectivités locales, les entreprises de tous les pays signataires, ont quinze ans pour initier des démarches constructives et amorcer des virages significatifs. Deux ans se sont déjà écoulés.

Les Etats signataires de ce Pacte de l’ONU (UNGC) doivent produire tous les ans un bilan de leurs réalisations, partager les résultats de leurs recherches, de leurs expériences, de leurs engagements en faveur d’une production et d’une consommation durables, en veillant aux bonnes conditions de travail, au respect de la nature…. leurs stratégies pour contribuer à propulser les dix-sept cerfs-volants à la hauteur des ambitions des Nations. C’est ainsi que le 14 juin prochain, la section suisse du Pacte, UNGC Switzerland Network, représentée par de grandes entreprises helvétiques, Caran d’Ache, Nestlé, Firmenich, la banque Safra Sarasin, etc… en présence de représentants de l’Etat de Genève et de la Confédération helvétique, s’exprimera au Palais des Nations et livrera ses premières constatations.

Après deux ans d’exercice, ce second dialogue organisé à Genève (le premier dialogue ayant eu lieu à Berne le le 2 février 2017), ne manquera pas d’être instructif car notre ville bénéficie d’une situation unique au monde, à l’intersection entre l’ONU, la Confédération Helvétique, les missions permanentes des différents pays basées en Suisse romande et les entreprises du Grand Genève. Ces institutions seront-elles à même de concevoir de vrais moteurs de changement ? De quelle manière les différents partenaires -publics, privés et la société civile- conscients du poids de leurs actions, uniront-ils leurs efforts pour planifier les nécessaires changements et organiser la transition vers des pratiques plus durables et respectueuses du monde ?

Je l’espère. J’ai envie, hâte d’entendre que de belles réalisations sont en marche dans notre pays -et ailleurs.

Je remercie Philip Koenig, fondateur du G 4 (Grand Genève pour les Global Goals / Greater Good), de m’avoir invitée. Une organisation telle que le G4, véritable force de proposition et d’accélération des processus à partir du Grand Genève, en relation avec l’ONU, la Confédération et le Grand Genève, est appelée à jouer un grand rôle dans le cadre de l’objectif numéro 17 (rendre du pouvoir à la société civile).

Affaires à suivre… et ces affaires-là, nous devrions vraiment les suivre.

J’aimerais donner finir par la parole à Martin Luther King :            

Ce qui m’effraie ce n’est pas tant l’agression des méchants que l’indifférence des bons.

Sophie Colliex, le 13 juin 2018.






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